Le jeune écrivain nancéien décroche le prix Goncourt pour son deuxième roman, Leurs Enfants après eux. Une entrée dans la cour de grands pour un homme guidé depuis son plus jeune âge par le plaisir d’écrire.

Après avoir sillonné les allée du Livre sur la place comme n’im­porte quel lecteur anonyme, Nicolas Mathieu se réjouissait de passer de l’autre côté de la table de dédicace en ce premier week-end de septembre pour la 40e édition du salon. Rencontrer des lecteurs, signer son livre dans sa propre ville aurait suffit à son bonheur. C’était sans imaginer jusqu’où allait le porter son dernier roman, Leurs Enfants après eux. Alors que se réunissaient pour la première fois physiquement à Nancy tous les membres de l’académie Goncourt qui devaient annoncer la traditionnelle liste des quinze sélectionnés pour le prix le plus prestigieux de l’édition française, son nom résonnait dans les grands salons de l’Hôtel-de-Ville. Lui, toujours affairé à ses dédicaces, voyait fuser les premières félicitations, nombreuses.

Sa pile de livres à vendre n’a pas survécu plus d’une heure. « J’étais surtout ému, raconte Nicolas Mathieu. Au moment de la rentrée littéraire, on se sent tellement perdu dans la masse des livres qui sortent, qu’une sélection comme celle-là, qui suivait un très bel article dans Télérama quelques semaines avant, m’a permis de me dire que – peut-être – je commençais à émerger. » Certains chroniqueurs parlent de lui comme d’un « talent hors du commun ». Lui, préfère garder la tête sur les épaules et sourit, « vous savez, on ne se souvient que de celui qui remporte le prix. Et encore, pas tout le temps… » Les prix, il connaît. Son premier roman sorti en 2014 s’est vu récompensé, entre autres, du prix Erckmann-Chatrian, qualifié de Goncourt lorrain.

UN DÉCOR VOSGIEN

Car la région d’origine de Nicolas Mathieu est omniprésente dans ses écrits : « Je m’étais installé un temps à Paris, et parmi les nombreux jobs alimentaires que j’ai pu faire, un d’entre eux m’a fait aller dans des usines du Nord, face à des ouvriers qui allaient peut-être perdre leur boulot. Je devais rendre compte de réunion d’entreprises en pleine crise des subprimes. Je me suis dit que c’était sur ce monde-là que je devais écrire.» Pour son premier roman, Aux animaux la guerre, il plante le décor dans les Vosges, sa région d’origine qu’il a tant voulu quitter. Quatre ans de travail et il signe aux éditions Actes Sud. « À 34 ans, après beaucoup de patience, ça m’a donné des ailes et la promo de ce roman noir a été comme une douce lune de miel. Pour ce deuxième roman, les choses vont beaucoup plus vite, ça part comme une fusée, je sens vibrer les réacteurs et je ne maîtrise pas grand chose. »

Leurs Enfants après eux évoque comme son premier roman la « fin d’un monde ». L’histoire se déroule dans une vallée qui pourrait être celle de la Fensch. Les ouvriers qui la peuplent sont les doubles de son père, de son oncle. Les gamins désœuvrés, lui et ses camarades de l’époque. « Il y a un peu de vécu, mais attention, on est loin de l’autobiographie. Ma mère était comptable, mon père électromécanicien. Je viens d’une classe moyenne, mais quand même assez éloignée des excès décris dans le livre. En revanche, cette envie de partir, cette rage au cœur, je l’ai eue. »

Son métier d’écrivain, Nicolas Mathieu ne s’en cache pas, lui permet de satisfaire une ambition narcissique. « Cette même fierté que j’ai ressentie en classe de CE1 lorsque mon texte a été sélectionné par la maîtresse. Il s’agissait de poursuivre l’histoire de Saint-Nicolas et après sa lecture devant toute la classe, j’ai su que voulais devenir écrivain. »

Passionné de cinéma, qu’il a étudié à Metz, il aura le plaisir de voir son premier roman adapté en série pour France 3 avec Roschdy Zem dans le rôle principal. Quant au sort de son deuxième roman, il se jouera sur plusieurs tableaux : en plus du Goncourt, Nicolas Mathieu est sélectionné pour le prix de Flore et le prix Médicis.

Ses coups de cœur

« C’est Annie Ernaux qui m’a donné envie d’écrire. J’aime aussi beaucoup Flaubert et Pete Dexter, j’aime le mélange de sociologie et de littérature, la description des parcours sociaux. Mais c’est Jean-Patrick Manchette qui m’a donné les clés pour entrer en littérature. C’est un grand styliste qui m’a aidé à mes complexes par rapport à la culture.

Passionné de cinéj’ai un faible pour La Ligne rouge de Terrence Malick – j’ai fait mon mémoire de maîtrise sur lui ! – et pour l’humanité de Bruno Dumont.

Je suis revenu m’installer à Nancy il y a quelques années et je travaille à mi-temps pour Atmo Grand Est. Cet été j’ai passé pas mal de temps avec mon fils à la piscine découverte de Nancy Thermal. J’adore son petit côté désuet et c’est un lieu de brassage des classes comme on en voit peu aujourd’hui. J’aimerais qu’on la laisse tranquille…

Ses livres

Leurs enfants après eux
Éditions Actes Sud, 2018, 21,80 €

Aux Animaux la guerre
Actes Sud, 2016,
poche, 9,70 €