© P. Mayer CD54

AUDREY NORMANDvice-présidente du Conseil départemental de Meurthe-et-Moselle en charge de l’environnement et de la transition énergétique.

Quand les conférences internationales laissent parfois un goût d’inachevé, c’est parfois plus près de chez nous qu’il faut savoir apprécier les signes encourageants en matière de développement durable ou de transition énergétique. En Meurthe-et-Moselle, le Conseil départemental intègre désormais ces questions dans la conduite de sa politique, des collèges à l’alimentation en passant par l’agriculture ou les transports.

En quoi les questions mondiales que sont celles de l’urgence climatique et du développement durable peuvent-elles être traitées à un niveau départemental ?

Tout le monde doit pouvoir agir et à tous les niveaux. En ce qui concerne notre collectivité, le premier enjeu en matière de réduction des gaz a effet de serre est sans conteste la question des collèges et leur rénovation. À eux seuls, ils représentent 80 % des émissions du Conseil départemental, vu que les transports sont désormais traités au niveau de la Région. D’où le grand plan de 335 millions d’euros que nous avons lancé afin de rénover nos collèges qui ne doivent plus être des passoires énergétiques. Le plus bel exemple est la rénovation du collège Jean-Lamour en 2017, qui nous a permis de réduire de 90  % notre dépense en chauffage. Nous avons récemment posé « le premier bois » du collège Artem, le premier collège passif de la Région Grand Est. Il sera aussi en 2021 le seul collège à trois niveaux entièrement construit en bois en France.

Le Département a aussi en charge la restauration scolaire dans les collèges, comment agissez-vous sur la question de l’alimentation durable ? 

En privilégiant les filières locales, nous limitons au maximum depuis plusieurs années les effets du transport pour l’approvisionnement. Les établissements restent responsables de leur restauration mais beaucoup jouent le jeu. Nous les aidons avec une subvention supplémentaire quand ils achètent local. Mais il nous reste encore du travail pour que toute la filière, y compris nos agriculteurs, participe à cet effort. Les habitudes sont longues à changer. Comme en matière de lutte contre le gaspillage alimentaire. Le repas végétarien hebdomadaire va aussi dans le bon sens. À notre niveau, nous voulons surtout que si les enfants mangent moins de viande, ils en mangent de meilleure qualité et surtout locale !

Pour l’agriculture, justement, vous avez mis en place récemment un réseau de « fermes ambassadrices » de la biodiversité. En quoi cela consiste-t-il ? 

Nous voulons montrer qu’agriculture et environnement sont parfaitement conciliables. Avec la Chambre d’agriculture, nous avons sélectionné 6 fermes qui s’engagent pour la biodiversité et qui vont ouvrir leurs portes au public, aux scolaires, et aussi partager avec d’autres agriculteurs. En valorisant les bonnes pratiques, en limitant le recours aux produits chimiques, ces fermes portent aujourd’hui haut et clair un message très positif pour l’ensemble de la filière agricole.

La cité des paysages de Saxon-Sion : quelle ambition pour cette vitrine du département en matière de développement durable ? 

C’est déjà par nature un lieu exceptionnel pour réfléchir sur ces questions. Nous avons beaucoup investi et continuons à le faire lors des prochaines années, notamment pour accueillir des groupes plus nombreux et pour améliorer l’accès du site. La programmation pour sensibiliser le grand public de la Cité des paysages ne s’arrête pas aux murs de cette dernière. Ne serait-ce que par la configuration du département, nous devons trouver d’autres relais, pourquoi pas des maisons de l’environnement pour toucher par exemple le Pays haut.

Concernant la mobilité, le département a choisi de faire des efforts pour le développement du vélo… 

Nous comptons bien faire de 2020 l’année du vélo en Meurthe-et-Moselle. Partons de quelques chiffres pour comprendre notre retard : en France, la part modale du vélo dans les déplacements et de 3 % contre 27 % aux Pays-Bas. Dans le sud de notre département, elle est de 1 % et dans le nord, de seulement 0,5 %. Il y a un triple enjeu pour nous motiver à développer le vélo : un enjeu écologique évident, un enjeu de santé, mais aussi un enjeu touristique. On estime qu’un kilomètre de véloroute rapporte à la collectivité 80 000 d’euros de retombées touristiques, comme des repas au restaurant, des nuits d’hôtel. L’essor du vélo électrique participera dans le futur à cette tendance. Le Département prend donc sa part pour le prolongement de ces axes, à hauteur de 3 millions d’euros par an. En parallèle, nous sortons au printemps prochain une application mobile, Balade 54, pour faciliter leur accès au grand public. En interne, nous lançons un plan pour motiver les agents du Département qui viennent travailler à vélo, avec une subvention forfaitaire de 200 euros par an et par agent.

Comment le Conseil départemental en tant qu’administration peut-il montrer l’exemple et être lui même éco-responsable ? 

Nous avons fait de gros efforts sur la dématérialisation des procédures, en incitant notamment à ne plus imprimer les mails. En 2016, un agent consommait en moyenne 28 kg de papier par an contre 21 en 2018. Nous avons aussi repensé l’approvisionnement en électricité de nos sites, avec un nouveau contrat avec un fournisseur d’énergie, Engie, qui nous garantit une électricité renouvelable et locale, dont nous avons vérifié la provenance à l’éolienne près !