© Ville de Nancy

Autrefois fête d’un week-end, la Saint-Nicolas à Nancy est devenue la thématique d’une saison festive qui s’étale sur 45 jours, animant toute la ville autour d’un temps fort le 1er décembre. Avec en ligne de mire, une inscription au Patrimoine mondial de l’UNESCO, l’événement a pour ambition d’être l’une des plus belles manifestations dédiées en Europe.

Nancy aurait pu baisser les bras, malgré son majestueux sapin et ses chalets décorés. La ville aurait pu rester dans l’ombre de la capitale autoproclamée de Noël, Strasbourg. Ou de sa voisine Metz, qui ouvre judicieusement chaque année son marché de Noël avec une semaine d’avance sur toute la France. Jusqu’à ce que, finalement, l’évidence s’impose : pourquoi ne pas jouer les prolongations de ce fameux week-end de début décembre vers lequel toute la Lorraine converge pour célébrer son saint patron ?

Cette transition a été décidée il y a quelques années et porte aujourd’hui ses fruits. On a vu le marché de Noël se transformer en de multiples villages de la Saint-Nicolas, une grande roue se poser place de la Carrière et toute une ville remettre ça chaque week-end, avec des animations et des programmations spéciales. La suite de cette évolution est ambitieuse : la Ville de Nancy désire présenter sa candidature en mars 2021, pour une inscription des fêtes de la Saint-Nicolas au patrimoine culturel et immatériel de l’Unesco et marquer ainsi définitivement le lien entre une cité et sa fête annuelle.

Objectif unesco !

De fin novembre à début janvier, sur le territoire nancéien, les fêtes de la Saint-Nicolas réuniront tous les acteurs de la scène artistique et culturelle, du commerce, du sport, de la solidarité et les habitants autour de la légende des trois enfants et de la thématique de cette année 2018 : « Les quatre éléments » et du pays invité : le Japon, anniversaire du jumelage avec Kanazawa obligeCôté décor, la ville a passé une commande à l’artiste Daniel Mestanza pour la création d’un univers onirique maritime sous l’arc Héré. Cette œuvre lumineuse, sonore et mobile présentera près de 200 poissons et animaux des mers. Après la Pologne en 2016 et la Belgique en 2017, le Japon sera le pays invité d’honneur avec des artistes et des chefs venus de Kanazawa, ville jumelée avec Nancy. Les candélabres de la place Stan seront encerclés par des décors représentant les fleurs de cerisier du Japon. Nouveauté cette année, un cinquième village s’installe au pied de la porte de la Craffe, dédié à la création entre design et sérigraphie. Il proposera des expositions, des concerts et des ateliers pour enfants. On retrouvera, dans une nouvelle version, le son et lumière sur la légende du saint patron projeté à la nuit tombée sur la façade de l’hôtel de Ville.

Plus d’un mois de fête qui n’affaiblit en rien le temps fort du grand week-end de la Saint-
Nicolas, les 1er et 2 décembre. Comme l’an dernier, c’est bien le samedi qu’aura lieu le grand défilé et la remise des clés de la ville place Stanislas, là encore pour permettre au plus grand nombre, y compris les touristes venus de loin, d’assister aux festivités. L’an dernier, le week-end de la Saint-Nicolas a attiré près de 200 000 personnes.

Laurent Hénart : « Nancy doit devenir la capitale de la Saint-Nicolas »

C’est devenu un des grands enjeux culturels et touristiques de son mandat.
Laurent Hénart, maire de Nancy, veut faire inscrire la Saint-Nicolas au patrimoine
culturel immatériel de l’Unesco, pour protéger une tradition et développer
l’attractivité de la ville pendant les fêtes.

Pourquoi avez-vous fait le choix de la montée en puissance de la Saint-Nicolas à Nancy ?

Nous avons fait ce choix depuis trois ans, car la Saint-
Nicolas fait partie du patrimoine de la ville et parce qu’à l’heure de la mondialisation la compétition entre les territoires se gagne sur l’authenticité, sur nos racines et sur une tradition qui rassemble. En Europe – principalement en Allemagne, en Belgique, en Autriche mais aussi en Alsace – le tourisme d’hiver se développe et je suis convaincu qu’en valorisant un événement typique de notre ville on peut en faire l’une des plus belles manifestations d’Europe.

Que peut apporter le label Unesco ?

C’est un levier précieux, notamment pour les touristes extra-européens. Quand on les interroge sur Nancy, ils savent que c’est une ville Unesco – l’ensemble XVIIIe est classé depuis plus de 35 ans – c’est une sorte de marque, une véritable force mondiale. J’ai été marqué par ça quand je suis allé en Chine, chaque ville Unesco figure sur les cartes des professionnels du tourisme. Le label les guide dans l’élaboration de leurs catalogues. Il faut obtenir le label Unesco pour deux raisons ; parce qu’il protège la tradition – le défilé, l’aspect carnavalesque, la tradition associative, le travail avec les écoles… – et aussi parce qu’il est un élément porteur pour les circuits touristiques internationaux.

Quelles sont les différentes étapes avant le classement ?

Pour le classement au patrimoine de l’Unesco, qu’il soit monumental ou immatériel, il y a toujours deux étapes. La première est d’être inscrit par son pays à la liste nationale. Nous nous sommes rapprochés du ministère de la Culture et avons déposé un dossier début octobre. Nous devrions avoir une réponse fin novembre et si nous sommes agréés, le pays défendra le projet devant l’Unesco en 2021. Dans ce dossier, l’État nous demande de démontrer l’attachement de la population, l’importance de la tradition mais aussi la volonté de création artistique et culturelle, le côté populaire de la fête, le fait que ce soit un temps fort dans la vie de la cité… D’où l’idée de faire monter en puissance la manifestation de fin novembre à début janvier en connectant patrimoine, tradition et création.

La Saint-Nicolas traditionnelle ne risque-t-elle pas de perdre son âme ?

Depuis que nous avons inscrit au projet de ville le fait que Nancy voulait devenir la capitale de la Saint-Nicolas, nous avons augmenté les moyens et la programmation sans jamais perdre de vue l’authenticité de la manifestation. L’idée est de lui donner plus d’ampleur sans la dénaturer. Fin 2008, quand j’étais adjoint à la culture, nous avions déposé, avec Saint-Nicolas-de-Port, la marque Saint-
Nicolas à l’INPI, déjà pour protéger la « marque ». Le projet Unesco est dans le prolongement de cette démarche, en restant ouvert à d’autres pays qui fêtent saint Nicolas, pour lui donner une dimension internationale.