© Shaan

Le plus New Yorkais des Nancéiens, un des plus célèbres aussi, nous revient après plus d’une décennie d’exil américain. Un nouvel album, un recueil de poèmes et une tournée, l’artiste se raconte à 100 % Nancy et évoque cette actualité chargée et l’attachement à ses racines.

Vous commencez l’année avec plusieurs propositions artistiques. 2019 signe-t-elle le grand retour de CharlElie ?

J’ai surtout la chance de voir plusieurs projets que me tiennent à cœur aboutir en même temps. Je me réjouis que La Mécanique du ciel, le recueil de textes et poésies sur lequel je travaille depuis presque cinq ans sorte bientôt, d’autant qu’il y a peu d’éditeurs de poésie aujourd’hui. Pour l’album, c’est pareil, c’est le fruit de deux ans de travail. Je crois qu’en ce moment les choses se combinent bien, je travaille avec les bonnes personnes.

On connaît le CharlElie chanteur, peintre, écrivain, designer, graphiste… Vous ne voulez pas choisir un art en particulier ?

Depuis mes 12 ans, toute ma vie est dévouée à l’art. Tout a commencé par la musique, si on considère que me mettre devant un clavier à 7 ans été le début… À l’époque, c’était une obligation, une vraie plaie… J’ai commencé à écrire des chansons à l’adolescence quand j’étais interne à Lunéville. Au même âge, j’ai montré mes dessins et je faisais des photos au Festival de théâtre de Nancy ou au NJP. Je suis un artiste « multiste » et je me compare à un triathlète. Quand il s’agit de sport, ça ne choque personne qu’un mec soit bon dans trois domaines différents, qui ne sollicitent même pas les mêmes muscles. En art, c’est le même principe, je me donne à fond dans chaque mode d’expression. Quand j’écris, je ne suis pas du tout chanteur, quand je peins je ne suis pas du tout écrivain. En France, où j’ai d’abord été connu par la musique, on m’a souvent cantonné dans ce rôle. Ce n’a pas été le cas quand je me suis installé aux Etats-Unis où seul compte ce que vous faites au présent.

Vous avez passé plus de dix ans à New York, vous êtes revenu en France il y a peu. Pourquoi ?

J’ai passé huit années très heureuses aux Etats-Unis. Sous Obama c’était l’Amérique que j’aime. Progressiste, ouverte, avec des prises de positions intelligentes même dans des moments compliqués. Trump incarne tout ce que je déteste. À un moment, je me suis dit qu’est-ce que je fous là ? J’ai décidé d’inverser les proportions. Avant j’étais basé à New York et je revenais en France quand j’avais des choses à y faire. Aujourd’hui c’est l’inverse. Mais j’ai la double nationalité, je vote là-bas. Je me dis qu’après le sac, le ressac et le drame de ce président, il y en aura un meilleur.

« Les gens de l’Est manient la pioche comme l’ironie et il ne faut pas oublier que c’est de là que vient la lumière. »

Deux titres de votre dernier album, Ma descendance et Les heures caniculaires abordent l’écologie, c’est un sujet qui vous tient à cœur ?

J’ai toujours eu cette sensibilité écolo mais là il y a vraiment urgence. Les choses de- viennent irréversibles. Il y a trois ans, on n’au- rait jamais osé parler de la fin de l’humanité et aujourd’hui on sait que nos enfants et petits-enfants y seront confrontés. L’été dernier, dans ma maison du Saintois, j’ai touché les choses du doigt en voyant la rivière dans la- quelle je pêchais gamin transformée en filet d’eau.

Pour la première fois vous parlez de votre région avec le titre Ode à l’Est…

On ne peut pas descendre dans le Sud sans penser à Nino Ferrer. Nougaro a écrit sur Toulouse. Les Bretons, eux, sont Bretons avant d’être Français et le Nord a Dany Boon. Quand on parle de l’Est, les gens regardent leurs pieds et pensent grisaille, pluie, mines… J’ai eu envie de dire qu’il n’y avait pas que ça. Que les gens de l’Est manient la pioche comme l’ironie et qu’il ne faudrait pas oublier que c’est de là que vient la lumière.

Venez-vous encore souvent en Lorraine ?

Dès que j’ai plus de quatre jours devant moi je vais dans ma maison au sud de Nancy. C’est à Nancy que j’ai pris conscience de mon envie de devenir artiste. À la salle Poirel, précisé- ment, lors d’une exposition sur les Dadaïstes. Quand en 2014, j’ai à mon tour été exposé aux galeries Poirel, c’était fabuleux. Cela reste un de mes meilleurs souvenirs dans ma ville na- tale. Parce-que des milliers de gens sont venus voir mes œuvres et parce que c’est le dernier événement auquel ma mère a pu participer.

BIO EXPRESS :

1956

26 février : naissance à Nancy.

1981

Sortie de l’album Poèmes rock (classé en janvier 2010 dans le Top 25 des albums qui ont marqué l’histoire du Rock en France) qui inclut le titre mythique Comme un avion sans ailes.

2004

Installation à New York. CharlElie a la double nationalité franco- américaine.

2014-2015

Exposition rétrospective CharlElie, NCY – NYC aux Galeries Poirel
qui réunit plusieurs centaines d’œuvres réalisées depuis son adolescence.

2019

25 janvier : sortie de Même pas Sommeil son 23e album.

8 février : sortie aux Editions du Castor Astral d’un recueil de textes choisis (1973- 2017) La Mécanique du ciel, 50 poèmes inchantables.

14 mars : départ en tournée dans toute la France.