© Vincent Arbelet

À seulement 33 ans, le nouveau directeur de l’Opéra national de Lorraine entre en scène avec de nombreux projets dans ses valises, autour notamment de l’Art nouveau et d’une ouverture vers un public plus large. Il succède à Laurent Spielmann qui occupait ce poste depuis 2001.

Il a l’air très grand dans son petit bureau. Matthieu Dussouillez occupe un espace transitoire avant sa prise de fonction officielle le 1er juin. Depuis plusieurs mois il travaille main dans la main avec le patron historique des lieux, Laurent Spielmann. Pas évident de succéder à celui qui a incarné la programmation culturelle lyrique de Nancy pendant une si longue période. Matthieu Dussouillez arrive de l’Opéra de Dijon où il était directeur adjoint. Sélectionné parmi 24 candidats, il est aujourd’hui le plus jeune directeur d’opéra de France.

S’il est très grand, il ne ploie pas d’un centimètre face à la lourdeur de la charge. Tout son parcours l’a porté vers ce poste. Certains veulent devenir footballeur, lui, directeur d’opéra.

Musicien – il a étudié les percussions et le tuba au conservatoire –, il s’est longtemps demandé comment il pouvait servir au mieux la musique. Quand ses études le mènent finalement vers un master à l’ICN Business School de Nancy, il ne s’éloigne pas du monde artistique mais puise dans cette formation de nouvelles compétences pour atteindre son but. C’est à cette période aussi qu’il est séduit par l’esprit Artem : « J’aime cette idée que les disciplines ne sont pas isolées les unes par rapport aux autres. Le management, les arts, les sciences, on doit pouvoir casser les cloisons. C’est cet esprit qui a guidé mon choix de venir faire mes études à Nancy et qui, aujourd’hui, nourrit mon projet », explique
Matthieu Dussouillez.

« L’esprit Art nouveau qui m’a séduit lors de mes études à Nancy nourrit aujourd’hui mon projet pour l’Opéra. »

Dans sa candidature pour la direction de l’Opéra de Nancy, il s’est notamment appuyé sur cet esprit qui animait, au début du XXe siècle, le mouvement de l’Art nouveau, dont Nancy était la capitale. L’Art nouveau comme fil rouge des prochaines saisons ? « à travers les œuvres jouées par l’orchestre et les opéras proposés, nous inviterons le public à partager la force créative du début du XXe siècle, tout en étant attentifs aux fondamentaux du répertoire ainsi qu’aux passerelles qui doivent se tisser entre tous les arts. Cette époque d’innovations et où est née la modernité en Europe est particulièrement riche musicalement. De Schoenberg à de Falla en passant par Debussy, ll y a beaucoup d’œuvres formidables à jouer ! », se réjouit le nouveau directeur de l’Opéra.

La prochaine saison 2019-2020 – sa première, car il a mis sa patte sur les programmation 2020 – sera placée sous le signe de l’enchantement. Il y aura des sorcières, des fées, du rêve, du Cendrillon de Massenet à Alcina de Haendel. ou l’Amour des trois oranges de
Prokofiev, Les découvertes n’empêcheront pas les redécouvertes, avec notamment le diptyque Noces de Figaro et Barbier de Séville, opéras célébrissimes qui n’ont pas été joués à Nancy depuis longtemps. La programmation de l’orchestre va enrichir celle des opéras de la saison et vice-versa, « mon envie est de créer une résonance entre les œuvres. En parallèle des Noces de Figaro, l’orchestre proposera un programme sur Mozart de Prague à Vienne, pendant l’Amour des trois oranges ce sera Prokofiev et la Russie ».

Matthieu Dussouillez promet aussi d’élargir l’audience de l’Opéra, en s’adressant notamment aux jeunes générations et aux publics éloignés de l’opéra, géographiquement mais aussi socialement. Chaque année devrait être ainsi proposé un spectacle à l’intention du jeune public présentant plusieurs morceaux du répertoire, commentés par un chef. Le premier Concert des jeunes gens, inspiré par le Young people concert de Bernstein au mois de juin 2020 s’intitulera Qu’est-ce que la musique classique ? « Ce sera une exploration des chefs-d’œuvres musicaux avec un podcast pour aller plus loin. J’aimerais qu’il y en ait deux par saison avec des thèmes différents ».

Enfin, conscient que Nancy n’est pas une île, il continuera la collaboration entamée depuis de nombreuses années avec les autres Opéras du Grand Est, dont Reims et Metz. Un spectacle lyrique commun devrait être créé et monté à Bar-le-Duc pour prendre ensuite la route d’une tournée de plusieurs salles en Lorraine pour amener l’Opéra là où on ne l’attend pas : « L’Opéra est un art vivant, universel, il faut que les gens s’en emparent et aient envie d’y venir, c’est mon objectif ! »

Bio express :

1985

3 juin : naissance à Champagnole dans le Jura.

2010

Il est diplômé du Master de l’ICN Business School, spécialisation finance-contrôle de gestion.

Il entre à l’Opéra de Dijon comme chargé de production, quelques mois plus tard il est nommé responsable du budget et du contrôle de gestion avant d’en devenir le
directeur général adjoint en 2014.

2019

1er juin : il devient officiellement directeur de l’Opéra national de Lorraine