Lætitia Bridet
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À l’origine composition artistique sous la forme d’un mur coloré, les témoignages d’anonymes recueillis par Lætitia Bridet après les attentats de 2015 prennent aujourd’hui la forme d’un abécédaire. Le livre est prêt et cherche un éditeur.
Enfant, elle voulait être « inventeuse de mots dans le dictionnaire ». Lætitia Bridet est en passe de réussir un pari à peine différent : publier des mots d’anonymes pour panser les maux d’une société qui souffre mais qui sait trouver l’espoir. À la fois artiste plasticienne et travailleuse sociale, elle a eu l’idée du Mur des Adaptations après l’attentat du Bataclan, comme une réponse pour dépasser la sidération. À des anonymes, elle pose une simple question : « Que faites-vous pour vous sentir mieux dans les moments difficiles. » Les réponses affluent et font naître ce qui va devenir une œuvre participative. Comme un grand livre ouvert, le Mur est composé de centaines de planchettes articulées, comme un jeu d’enfant coloré, qui s’étoffe à mesure que les témoignages arrivent. Pour atteindre aujourd’hui 7 m par 2 et afficher plus de 450 petites phrases. « On trouve beaucoup de choses très simples et toutes différentes les unes des autres : je regarde une jolie fille, je vais à la pêche, je chante la chanson de Baloo, je bois un lait au chocolat, je prends la main de maman, je cours… ».

Le 4 juin 2016 le Mur des adaptations, est présenté pour la première fois dans le cadre de la Manifestation Sculpture en Ville au Parc Olry à Nancy. « Nous avons eu d’emblée des très bonnes réactions. C’est un mur ouvert, coloré avec de grandes fenêtres, qui invite au jeu, les gens se l’approprient très facilement. J’ai choisi ce nom en opposition au mur des lamentations », raconte Lætitia Bridet. Depuis, le mur a été exposé à plusieurs reprises lors de manifestations autour de Nancy : « Quand le mur est en place, il attire les gens, c’est une sorte de miroir. Après chaque exposition, les réactions sont nombreuses sur notre page Facebook et beaucoup y vont de leur contribution. Aujourd’hui je suis « dépositaire » de plus de 950 témoignages. » D’où l’idée de faire évoluer le projet pour permettre à ces mots de trouver une autre place afin de mieux circuler.

“ Une histoire de partages « 

Gino Tognolli a croisé le mur au parc Olry. Ancien journaliste et écrivain, il est très vite séduit par les planchettes colorées : « J’ai trouvé l’objet séduisant et pétillant. Une belle réaction, très positive, à un événement qui ne l’était pas. J’ai collaboré en proposant ma propre phrase. Plus tard, j’ai proposé à Lætitia de poursuivre l’aventure autrement si elle le souhaitait.» L’idée d’un livre fait son chemin. « Les témoignages ne peuvent pas tous être retranscris dans leur totalité sur le mur et il y en plus du double à faire vivre ailleurs que sur la sculpture, explique Lætitia. J’avais l’idée de poursuivre le projet, pour ne pas être l’unique dépositaire de ces témoignages. Je m’étais dit, un jour peut-être… Et puis Gino m’a dit, ce jour c’est maintenant ! ». Les deux comparses se mettent vite d’accord sur l’idée d’un abécédaire illustré et encore une fois collaboratif. « Gino écrit des textes à partir de mots qui l’inspirent et plusieurs personnes ont apporté des témoignages éclairants ou poétiques. Je me suis occupée des illustrations avec l’envie qu’on puisse piocher dans ce recueil des petits choses réconfortantes quand on en a besoin » poursuit Lætitia. Les épreuves sont quasiment prêtes, reste aujourd’hui à trouver un éditeur qui permettra au projet de continuer à s’écrire. Le Mur, lui, est pour l’instant stocké en pièces détachées chez Lætitia qui lui redonnera vie lors d’une exposition personnelle en 2019 où il pourrait prendre la forme d’une cabane ou de grands livres ouverts.

INFOS PRATIQUES

 Le MUR des adaptations