Le château de Gondrecourt, futur écrin du musée du flacon
© Chartier-Corbasson

 Comme un hommage au savoir-faire et à la beauté, une nouvelle exposition présente une des plus belles collections privées de flacons de parfum au monde. Elle préfigure le futur musée du flacon à Baccarat, structure unique en France qui devrait asseoir la réputation de la capitale du cristal.

Les parfumeurs diraient qu’il s’agit de la note de tête. Une première impression, délicieuse, qui appelle d’autres sensations. L’exposition Le Flacon en majesté qui s’ouvre le 6 février au Pôle Bijou de Baccarat – entièrement repensé pour l’occasion – peut être considérée comme l’épisode 1 d’une saga du flacon qui conduira la ville bien plus loin. Vers le statut de capitale française du flacon de parfum, avec l’ouverture à l’horizon 2022 du premier musée du flacon.

En matière de parfum, il y a Grasse, la capitale historique, le berceau. Il y a Paris, le siège des grandes maisons, l’épicentre de la réputation inter- nationale de la France. Et puis il y a Baccarat et sa cristallerie qui a érigé le contenant en œuvre d’art, dans une région qui rassemble les plus grands maîtres verriers du monde. Logique, donc, que d’y implanter un musée du flacon. Ce qui relève de l’exception, c’est ce que l’on y trouvera, à l’exemple de la première l’exposition, la collection de George Stam, un hollandais installé en Suisse et qui vit aujourd’hui une partie de l’année à Baccarat. Le fruit de plus de trente ans de recherches et d’achats. Des États-Unis au Canada et de Monaco à Hong Kong, sa collection est reconnue comme l’une des toutes premières au monde en flacons de parfumeurs, boîtes à poudre, cartes parfumées, éventails, compacts, rouge à lèvres anciens, publicités et documents. Elle se compose de plusieurs milliers d’unités au total. Pour la partie « flacons » de la collection, le très grand nombre de pièces en cristal de Baccarat s’enrichit de pièces majeures is- sues des autres manufactures prestigieuses du Grand Est : Lalique, Saint-Louis, Daum et Nancy, une firme qui n’a pas survécu à la crise de 1929. Pour ne pas voir éparpiller sa collection, George Stam a décidé de la léguer à la ville de Baccarat, via une fondation. Baccarat plutôt que Grasse ou Paris, pour rendre hommage aux manufactures de Lorraine et d’Alsace. « Quand j’ai rencontré George Stam en 2013, raconte le maire de Baccarat, Christian Gex, je n’ai pas tout de suite perçu l’ampleur de sa collection ni sa valeur. Il m’en a parlé avec tellement d’émotion qu’il m’a transmis son enthousiasme ! Puis nous sommes tombés d’accord sur l’importance de préserver ce joyau en lui assurant un site emblématique et en lui promettant de faire vivre cette collection, en lien avec la cristallerie de Baccarat ». Ce sera le Château de Gondrecourt, un édifice du XVIIIe siècle qui domine la ville pour lequel le collectionneur a eu un coup de foudre im- médiat.

« Cette exposition dévoile une infime partie de l’extraordinaire collection de George Stam, gentleman collectionneur… »

Mais en attendant les premiers travaux, pour faire vivre la collection, une exposition s’imposait pour en dévoiler les premières pépites. « C’est une façon de donner un coup de boost à ce projet très ambitieux qui avance pas à pas, détaille Laurent de Gouvion Saint-Cyr, président de la communauté de communes. Cette préfiguration a été pensée comme une vraie grande exposition. Elle sera notre vitrine affichée gare de l’Est à Paris ».
L’exposition proposera une partie de la collection Stam, celle des « couturiers parfumeurs », de Paul Poiret à Saint-Laurent ou Lacroix en passant par Dior et Chanel. Un parcours olfactif et des robes de grands couturiers jalonneront cette traversée de l’histoire : « J’avais envie qu’elle raconte l’histoire de la parfumerie et de la mode en France depuis le XVIIIe siècle avec ses savoir-faire et ses créations, explique Anne Camilli, commissaire de l’exposition. Tous les grands couturiers ont eu leurs parfums – le lien entre la mode et le parfum est indissociable – et ce petit flacon est souvent la porte d’entrée vers leur univers créatif. La collection de George Stam est un trésor qui permet de mettre en lumière tous les savoir-faire dans ce domaine. J’ai veillé à ce que ça ne ressemble pas à une boutique de parfum. Pour le thème des couturiers, j’ai pensé l’exposition comme un défilé avec des flacons ambassadeurs de couturiers au style très fort, cela m’a paru évident ! Les flacons et leurs coffrets ne forment-ils pas en quelque sorte, la garde-robe du parfum ? »

INFOS PRATIQUES : 

«LE FLACON EN MAJESTÉ, ESPRIT D’UNE COLLECTION» au Pôle Bijou de Baccarat. Ouvert du mardi au dimanche de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h. Fermeture le lundi. Pendant l’été, ouvert tous les jours. Entrée libre.

À partir du 6 février

 

TROIS QUESTIONS À… GEORGE STAM

« J’ai commencé ma collection avec un flacon Baccarat »

L’exposition et le futur musée sont nés de la générosité de ce collectionneur passionné, tombé dans la passion des flacons par hasard et soucieux de ne pas voir s’éparpiller une des plus belles collections du monde, qu’il a décidé de léguer
à la ville de Baccarat.

Comment est née votre passion pour les flacons et l’envie de les collectionner ?

Par le plus grand des hasards… Lors d’un rendez-vous professionnel il y a 30 ans à Genève, mon regard est attiré par un drôle d’aspirateur en bois dans la vitrine d’un antiquaire. Dans la boutique, l’antiquaire me met dans la main un flacon en forme de tortue en cristal de Baccarat. Ça m’a fait une sensation bizarre, comme un gamin qui met les doigts dans la prise ! Je n’y connaissais rien et je suis reparti avec l’aspirateur… Rentré chez moi à Montreux, impossible de fermer l’œil. Le lendemain matin j’ai filé cherché ce flacon. J’ai appris plus tard qu’il était sorti en 1913 pour célébrer l’inauguration de la Maison Guerlain sur les Champs-Élysées. Il était en forme de tortue pour symboliser la lenteur des travaux. De ce coup de foudre est née une histoire d’amour qui ne m’a plus quitté. J’ai arpenté les salles des ventes, beaucoup chiné aux Puces, voyagé jusqu’au Mexique et plus loin en- core à la recherche de beaux objets créés entre 1906 et 1960. C’est une joie de collectionner et j’ai mis toute ma for- tune dans cette passion.

Pourquoi, alors, vous en séparez-vous aujourd’hui ?

J’ai eu très souvent l’occasion d’acquérir en salle des ventes des pièces provenant de successions. Voir les symboles d’une vie dispersés en quelques heures m’a toujours fait de la peine. Je ne voulais pas que cela arrive à ma collection après ma mort. L’idée de la léguer à un musée a fait son chemin. Je n’ai pas d’enfants et lorsque j’en ai parlé à mes héritiers ils ont tout de suite trouvé l’idée séduisante. Restait à trouver le lieu idéal. J’ai été approché par des musées à Paris ou à Grasse, mais je n’étais pas emballé. Il y a déjà beaucoup à voir dans ces deux villes et ma collection aurait été une parmi d’autres.

Comment avez-vous choisi Baccarat ?

L’origine de ma collection c’est un flacon en cristal de Baccarat, le clin d’œil me plaisait ! La rencontre avec Christian Gex et l’enthou- siasme des partenaires locaux autour du projet ont été déterminants. On ne peut rêver de meilleur écrin pour ma collection. Avec Daum, Lalique, Saint-Louis à proximité nous sommes sur la route du feu, dans une terre de manufactures d’exception. Baccarat compte plus de 45 Meilleurs Ouvriers de France. C’est exceptionnel et pourtant pas très connu hors de la ville. Le futur musée, qui sera unique en France, mettra en valeur leurs savoir-faire. En m’installant à Baccarat, je suis les travaux avec bonheur, cette première exposition m’a même permis de rédecouvrir ma collection ! Et ce n’est pas fini, je continue à la compléter avec en plus, le plaisir du partage.

 

IVRESSE DES FLACONS, NOBLESSE D’UN ÉCRIN

Plus de 1 300 objets et flacons répertoriés de la collection Stam, qui en contient plus du double, seront exposés dans le futur musée. Ce dernier a fait l’objet d’un concours d’architecte pour en faire un phare culturel et touristique.

La rénovation du château de Gondrecourt, par l’agence d’architecture Chartier-Corbasson, intègre un bâtiment contemporain, comme une vitrine jouant sur la transparence, en hommage au savoir-faire verrier régional. Les flacons de la collection George Stam seront exposés par rotation, en raison de leur grand nombre. Ceci permettra un renouvellement régulier des 600 m2 d’exposition permanente. Les objets seront présentés en sept étapes, selon un parcours de découverte valorisant la place des grandes mai- sons de luxe, de la Haute Couture ainsi que la vision de la société que ces objets véhiculent. Cette approche sera complétée par un jardin de senteurs. Le musée disposera en outre d’espaces fonctionnels adaptés : salles de conférence, hall d’accueil, salon de thé avec vue panoramique sur la ville et la cristallerie, ainsi qu’une boutique proposant les produits locaux.