© Sylvère H

Coup de jeune sur le Nancy Jazz Pulsations, avec l’arrivée au poste de directeur-programmateur de Thibaud Rolland. Le trentenaire connaît bien le festival pour y avoir fait ses débuts dans le métier. Pas de révolution annoncée mais une touche personnelle promise pour la prochaine édition du 9 au 19 octobre.

Il a tenté la blague. Lors de la présentation à la presse le 1er avril, il n’a pas pu s’en empêcher : « Rendons-nous à l’évidence, le jazz n’intéresse plus grand monde. Le NJP s’appellera donc bientôt le Nancy Hip-hop festival. » Suffisamment caustique pour faire tiquer une partie de l’assemblée, Thibaud Rolland a délibérément joué la provocation dans son poisson d’avril, comme si l’arrivée d’un jeune directeur devait forcément tout chambouler…

Qu’on se rassure, le NJP gardera son ADN avec l’arrivée d’une toute nouvelle équipe dirigeante. Pour s’en assurer, la présidence continue d’être assurée par Claude-Jean Antoine, dit Tito, fondateur du festival il y a 46 ans. Mais pour un coup de jeune, c’est un coup de jeune. Thibaud Rolland a découvert pour la première fois le NJP il y a 10 ans, pour son premier stage. « Je suis musicien depuis tout petit, d’abord trombone, puis percus avant de choisir le saxophone, que j’ai pratiqué au Conservatoire en section jazz, raconte Thibaud Rolland. Un jour, j’ai entendu parler d’un métier où l’on était “payé” pour écouter de la musique, celui de programmateur. Je me suis dit que c’était ça que je voulais faire ! Originaire de Reims, je poursuivais mes études à Metz quand j’ai croisé l’affiche de l’édition 2008 du NJP. Une révélation ! L’affiche était dingue, de Goldcut à Birdy Nam Nam j’ai trouvé que le programme était pertinent dans tous les styles et je me suis dit qu’il fallait que j’y fasse mon stage ». L’année suivante, c’est chose faite. Thibaud se pose d’avril à octobre à Nancy où il est en charge de Poirel et de la Manufacture. « Une super expérience comme stagiaire de Justine Loubette (aujourd’hui directrice adjointe du NJP) qui lui donne envie de revenir chaque année. Thibaud Rolland réussit à s’attirer la confiance des organisateurs et décroche des postes pour toutes les éditions. Il aime la variété de la programmation du NJP, l’alternance d’artistes « pointus » et « grand public et qui ne tombe pas dans l’écueil de la musique qui ne fait que de la billetterie ». Du NJP, Thibaud Rolland connaît aujourd’hui presque tous les postes, toutes les salles. Avec une mention particulière pour les Jazz poursuites dont il a assuré la programmation et qui lui ont permis de tomber amoureux de la ville de Nancy et de sa vie nocturne. Dans la musique, il a aussi été agent pour une structure hip-hop, booker pour divers artistes à Lyon : « J’étais plutôt branché jazz et ce parcours m’a permis de m’ouvrir sur d’autres styles comme l’électro ou le hip-hop. » Très vite, il crée sa propre structure à Reims, baptisée Velours. Cette association a pour vocation d’organiser des festivals dans les styles hip-hop jazz, électro-jazz : « Au fond, j’ai toujours ambitionné de créer un équivalent du NJP à Reims. »

« Nous allons garder ce qui fonctionne et accentuer notre rayonnement notamment à l’étranger »

Le festival de son cœur le rattrapera finalement avec le départ de Patou Kader, programmateur historique du NJP. Thibaud Rolland a été son conseiller artistique a temps partiel, il lui succède aujourd’hui officiellement. « Je ne suis pas là pour transformer le festival. Nous allons garder ce qui fonctionne et accentuer son rayonnement notamment à l’étranger, explique Thibaud Rolland. Le NJP a suffisamment d’assise pour se permettre de créer des ponts à l’international. »

Cette année, par exemple, un projet avec le Sénégal initiera un cycle annuel de création artistique avec un pays étranger, avant la Tunisie l’an prochain. Le soutien à un artiste régional sera par ailleurs accentué : le NJP produira le gagnant du tremplin Jazz Up pour le faire tourner sous l’étiquette NJP partout en France. Le jeune public n’est pas en reste, la nouvelle équipe est bien déterminée à mettre l’accent sur ces spectateurs de demain.

Avec sa double casquette de directeur et programmateur, Thibaud Rolland a conscience de la tâche qui l’attend : « Je suis un peu gourmand, mais j’espère avoir la même curiosité que Patou, dans les pas duquel je m’inscris. » Ses impatiences désormais : partager ses choix de programmation, dont les premiers noms viennent d’être dévoilés (avec du Rap, de l’AfroBeat, du reggae et du jazz) et faire découvrir la nouvelle affiche, présentée officiellement début juin. En espérant qu’elle aura le même effet sur le public que celle de 2008 sur son amour du NJP !