Le graffeur nancéien Valérian Desnoyer joue de la bombe depuis vingt ans, le plus souvent
en groupe. Depuis peu, il réalise aussi des toiles, une façon de gommer la frontière entre art et street-art. Sa prochaine œuvre éphémère recouvrira le Mur artistique du centre commercial Saint-Sébastien.

Joli blouson et bouledogue en laisse, Valer surprend d’abord par sa discrétion. Un jeune homme passe-partout d’une trentaine d’années qu’on a du mal à imaginer sous un pont de l’autoroute en train de vider ses bombes colorées. C’est pourtant son passe-temps préféré, devenu depuis son adolescence son métier. « Acheter des bombes de peinture quand j’avais 16 ans était illégal ! Cet attrait de l’interdit, mêlé à ma passion du dessin, m’a naturellement attiré. J’ai découvert le graffiti au lycée, à Chopin, raconte Valer. À l’époque, les gens ne faisaient pas beaucoup de différence entre les tags sauvages et ce qui allait devenir une forme d’art. C’était encore assez underground, on écoutait du rap, on graffait, c’était une autre époque… ». C’est aussi l’esprit de groupe qui a séduit Valer, adolescent timide. Les premiers frissons avec les potes, laissent vite place à un projet beaucoup plus structuré. En 2002, il crée la Smala Crew, un collectif qui regroupe les meilleurs graffeurs de l’Est de la France. Ils réalisent de nombreuses fresques au Luxembourg et en Allemagne où ils deviennent une référence.

« Nous avons tout de suite senti une évolution dans la perception du graffiti qui est entré progressivement dans le domaine de la fresque, de l’illustration murale XXL», explique Valer. La Smala Crew prône le travail en commun, le mélange des styles.

« Il y a deux groupes bien distincts dans le monde du graff : ceux qui font du lettrage et ceux qui font du figuratif. Le lettrage – que je pratique – parle plus aux initiés, c’est un peu l’ancien monde du graff, son essence. » Pour autant, Valer aime partager ses murs avec les adeptes du figuratif, pour des œuvres qui séduisent plus facilement le grand public. Il revient d’ailleurs de la plus grande exposition d’art urbain de France à Toulouse – le Mister Freeze festival – où il a collaboré avec deux artistes lorrains Scaf et Abys pour une réalisation commune.

CASSER LES CODES

Valer aime par-dessus tout casser les codes pourtant très présents dans l’art urbain. C’est ainsi qu’il a tenté l’aventure en solitaire en décidant un jour de s’attaquer à du graffiti sur toile. « C’était un vrai défi, car j’aime avant tout les grands espaces. Là, il faut repenser son travail dans un espace délimité et sans aspérités. En revanche, la toile m’a permis d’accéder à des nouveaux publics, de nouveaux endroits qu’un mur ne permet pas », raconte Valer. En 2016, il dévoile aux côtés du maire de Nancy une toile surprise lors du record du monde du plus grand plateau de fromages des Frères Marchand pour lesquels il a aussi réalisé une quinzaine de toiles. Drôle d’endroit pour un graffeur ? « C’était encore plus surprenant l’année suivante dans le cadre très XVIIe du pavillon Poirel lors d’une exposition. Faire entrer le graffiti dans un tel lieu, c’était inédit… »

Un commissariat dans le Pays Haut, des bombes en émaux de Longwy, une fres­que dans son ancien collège Saint-Léon à Nancy, les commandes se multiplient et la notoriété de Valer lui permet de monter sa propre structure d’auto-entrepreneur il y a deux ans : « On sent bouger les choses. Il y a beaucoup de demandes pour de la déco extérieure ou même intérieure. »

Même s’il regrette que les espaces d’expression, les murs abandonnés se réduisent comme peau de chagrin à Nancy, Valer apprécie l’effort de la commune pour donner une place au street-art en cen­tre-ville. À partir de mi-novembre, il sera le nouvel artiste à profiter de la carte blanche que représente l’association le Mur, sur la façade du centre commercial Saint-Seb. Le public pourra le voir travailler et faire naître une œuvre qui restera un mois. Une belle vitrine avant une prochaine grande exposition l’an prochain dans la région.

BIO EXPRESS

1982 : Naissance à Nancy le 11 octobre

1998 : Découvre le graffiti au lycée

2002 : Créé La Smala Crew, un collectif qui regroupe les meilleurs graffeurs du Grand Est

2016 : Réalise une quinzaine de toiles pour accompagner le record du plus grand plateau de fromages du monde des Frères Marchand.

2017 : Collaboration avec la Faïencerie Saint Jean l’Aigle Emaux de Longwy pour laquelle il réalise la « Bombe V » copie exacte d’une bombe de peinture en émaux.

SON ACTU :

Du 17 novembre au 15 décembre, à découvrir sur le Mur de Saint-Seb, place Charles III.