© Alexandre Marchi

Ancien presbytère longtemps à l’abandon, l’Hôtel Abbatial, entièrement restauré est aujourd’hui un espace muséal phare de Lunéville. Le succès des premières expositions, allié à l’originalité du site, fidèle à une demeure du temps des Lumières, a convaincu la ville d’en faire un nouveau lieu de culture à part entière.

C’est un voyage dans le passé qui vient enrichir le Lunéville d’aujourd’hui. Ce voyage nous entraîne à l’époque du siècle des Lumières. Dès les premiers pas dans l’entrée, cette curieuse impression que les élégants propriétaires viennent de sortir pour rejoindre la cour du roi Stanislas.

L’Hôtel abbatial est longtemps resté un joyau caché de Lunéville ; il est pourtant une des plus belles réalisations architecturales de cette époque bénie, construite sous le regard des architectes Jennesson et Héré. En façade du bâtiment, l’escalier à double volée, disposé en fer à cheval, surmonté d’un décor sculpté en bas-relief, permet d’accéder à un somptueux vestibule dallé et magnifié par un escalier tournant orné d’une rampe en fer forgé attribuée aux ateliers de Jean Lamour. Les pièces se succèdent, aménagées avec soin comme si le temps s’était arrêté. Jean-Louis Janin Daviet est aujourd’hui chargé de la restauration et de la conservation de l’hôtel Abbatial de Lunéville, c’est à lui qu’ont été confiées les clés de cette rénovation originale : « Nous avons voulu présenter le lieu comme une véritable maison de famille bourgeoise de province vers 1750. Tout a été pensé, aménagé et rénovée dans ce sens. La dernière partie rénové à l’étage reprend le concept des musées dit de period rooms, une façon de restituer un lieu dans son temps, au plus juste : des couleurs des murs, aux papiers peints en passant par les bibelots. »

Si ce style de musée, apparu au XIXe siècle, est un temps tombé en désuétude, il retrouve un regain d’intérêt notamment aux États-Unis et en Angleterre. Une belle façon de redonner un supplément d’âme à un espace d’exposition. Mais l’autre intérêt, grâce à un énorme travail historique, est de permettre à des manufactures, des artisans et des artistes d’appliquer leurs savoir-faire et de mettre, au service de tous, leurs pratiques et réalisations. « Par exemple, explique Jean-Louis Janin Daviet, un artiste s’est chargé de réaliser toutes les peintures en faux marbre, un savoir-faire très particulier. Des doreurs aux tapissiers, ce sont plus de vingt corps de métier qui se sont succédé dans une période finalement courte pour permettre aujourd’hui l’ouverture de l’espace muséal. »

Paradoxalement, l’absence de travaux pendant des décennies, qui faisait de l’intérieur du bâtiment une quasi ruine, a permis de retrouver des éléments d’époque, sous forme d’indices de motifs, de couleurs. « Nous avons d’ailleurs été surpris par ce souci de couleurs, cette envie de lumière. Définitivement ce siècle était celui de l’audace », raconte Jean-Louis Janin Daviet. Dans les détails, les arts du feu et ceux des arts de la table au XVIIIesont mis à l’honneur : vaisselles en faïence, céramiques, métaux ouvragés et poêles, tout un savoir-faire typique du Lunévillois nous inviterait presque à déguster un chocolat avec la maîtresse de maison. Le rez-de-chaussée est quant à lui le lieu des expositions temporaires. Après Stanislas et les siensEmilie(s), 14-18, la nouvelle exposition s’intitule Regards d’Afrique. Plus de 500 pièces issues d’une collection unique qui ouvre l’horizon du visiteur.

3 questions à…

Jacques Lamblin, maire de Lunéville

« Une évocation très élégante de l’époque où Lunéville rayonnait »

Il y a désormais un nouveau musée à Lunéville, quelle a été la genèse du projet ?

Tout est parti d’un constat simple : nous avions un bâtiment intéressant par son emplacement, son patrimoine et son histoire, inscrit à l’inventaire des monuments historiques depuis une dizaine d’années et cependant vacant. Notre devoir était de le mettre en valeur. De plus, après la cession du château la ville n’avait plus de musée, nous avons voulu proposer aux visiteurs un parcours urbain avec des choses à visiter en complément du château. La nécessité de recréer un espace d’exposition s’est fait sentir, le bâtiment de l’Hôtel Abbatial n’était pas en mauvais état, le projet est venu simplement ! Aujourd’hui ce n’est pas un musée mais un espace muséal, cela signifie que nous avons souhaité en faire une évocation très aboutie d’une période où Lunéville rayonnait et un lieu vivant qui accueillera régulièrement des expositions temporaires.

En faire un espace dédié au XVIIIe était incontournable ?

La réflexion autour du contenu a évolué, les contours ont été dessinés avec Jean-Louis Janin Daviet en charge des affaires culturelles depuis 2014 et ne sont pas figés. L’idée est de proposer une reconstitution élégante et cohérente de ce que fut l’histoire de Lunéville au XVIIIe mais aussi la longue tradition de la faïence et les heures de gloire de la Manufacture Royale. Il était aussi important de faire vivre le lieu avec des expositions temporaires qui rappellent l’esprit d’innovation de l’époque. Regards d’Afrique, en ce sens, est remarquable et très didactique.

Y-a-t-il encore de nouveaux espaces à mettre en valeur dans le bâtiment ?

L’Hôtel Abbatial a encore un trésor : son sous-sol ! Plus de 400 m2
sur un demi-niveau avec des lucarnes donnant sur le jardin – conservées dans leur jus mais très riches avec cheminée, four et vivier – offrent de nombreuses possibilités et pourraient être utilisés pour présenter des collections d’objets du jardin.

Que voir, que faire ?

Le jardin. 
Indissociable de l’Hôtel Abbatial, il est comme le bâtiment, inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. Un vrai jardin de curé, avec ses plantes aromatiques, ses fleurs. Il s’observe librement mais il enrichit également la visite car conçu en miroir avec les pièces intérieures. Du salon des dames, agrémenté d’un papier peint au treillage de roses, le visiteur peut admirer la roseraie du jardin et en sentir le doux parfum.
Les appartements. 
En haut de l’escalier à double volée commence le voyage dans le temps. Une grande galerie traversante permet de desservir les douze pièces de ce luxueux appartement. Lieux de vie, chambre, bureau ou salons illustrent à leur manière l’art de vivre à cette époque : un côté pour le matin au levant du soleil, un côté de l’après-midi au couchant du soleil.

 

Les arts du feu. 
Une salle à manger reconstitue une table dressée, l’évolution des services de table tout au long du XVIIIe siècle est présentée dans des placards secrets. Un salon rappelle l’engouement pour les nouvelles boissons chaudes et la création des ustensiles nécessaires à leur consommation : chocolatières, verseuses, cafetières, tasses, et autres objets de faïence ou porcelaine. Tous les six mois, ce fond d’exposition dédié aux arts du feu changera.

 

L’exposition Regards d’Afrique. 
La nouvelle exposition temporaire a été pensée comme un clin d’œil à l’époque des Lumières. Car à quelques mètres de l’Hôtel Abbatial, rue du Château, se trouvait la Maison du marchand, de la riche famille Conigliano qui y exposait, dans un esprit de curiosité, des pièces exotiques. 500 pièces d’une collection unique à découvrir jusqu’à l’automne.

 

Pour les enfants.
Tout l’été, des visites adaptées sont proposées aux enfants qui pourront se déguiser en marquise, marquis ou mousquetaire. Une petite heure pour un grand saut dans l’histoire.

INFOS PRATIQUES :

Hôtel Abbatial
1 place Saint-Rémy à Lunéville
Tarifs : 2 €Horaires d’ouverture : tous les jours
(sauf le mardi) de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h