© Alain_Beauvais

Écrivain, animateur et passionné, Daniel Picouly est devenu un des piliers du Livre sur la Place. Président du salon en 2015, il aime ce rendez-vous atypique et apprécie son ouverture sur la ville. Cette année encore, il animera des ateliers avec des scolaires dans les quartiers.

Vous êtes un fidèle du Livre sur la place, qu’est-ce qui vous donne envie de venir à Nancy si régulièrement ?

Daniel Picouly  On m’interroge souvent sur cette fidélité là, comme si elle était surprenante. Avec Nancy, c’est une fidélité de partage. Partage de valeurs, des mêmes envies. Ici, j’ai l’impression qu’on a envie de faire aimer le livre à tous. Autant aux gens du centre ville qu’à ceux des quartiers. C’est une belle ambition qui me parle et qui me fait revenir quasiment chaque année avec plaisir. Je n’ai pas d‘attaches à Nancy – même si à force de me voir certains pensent que j’y ai une résidence secondaire ! – et pourtant j’ai avec cette ville et avec les gens qui font le Livre sur la place une véritable histoire de cœur.

C’est un rendez-vous particulier pour vous, vous souvenez vous de votre première venue ?

Cela devait être dans les années 90, pour mon livre le Champ de personne. Je pensais venir dans un salon littéraire comme les autres mais le Livre sur la place n’est pas un salon comme les autres ! La plupart des salons littéraires sont de salons de centre-ville où les convaincus du livre se retrouvent entre eux. Ici on va chercher les gens. J’ai aimé les opérations dans les HLM où l’on offrait des livres aux habitants et on en discutait dans les escaliers. On est tous des missionnaires du livre, aujourd’hui lire ça ne va plus de soi, il faut prendre son bâton de pèlerin pour essayer de contenir cette érosion du livre.

J’ai avec Nancy une relation de cœur

Vous allez chaque année à la rencontre des collégiens du Haut du lièvre, c’est difficile de les intéresser ?

C’est très facile au contraire. Ils ont préparé, travaillé sur les ouvrages avec leurs enseignants qui font un boulot formidable, pas assez reconnu. On est le Père Noël quand on arrive dans une classe. On n’a pas de problème de discipline, de quotidien. Avec les battles de lecture les élèves viennent défendre leur livre. Un livre qu’ils ont choisi. Quand on dit que les jeunes n’aiment pas lire, c’est faux. Ils se passionnent pour des auteurs et des styles qu’on ne connaît pas. Cette découverte et cette énergie ça nous fait progresser nous aussi. Il n’y a pas qu’une littérature, il y en a plein ! Moi, j’ai autant appris dans Picsou magazine que dans Proust !

Pourquoi êtes-vous spécialement sensible à ce public ?

Je vais dans les quartiers parce qu’on n’est jamais venu dans mes écoles. Cela aurait sûrement changé beaucoup de choses. Quand je regardais Lecture pour tous à la télé, j’avais l’impression que pour être écrivain il fallait parler latin et grec, faire des citations, fumer la pipe et être vieux. Les auteurs sont des gens comme les autres, ça m’aurait rassuré de le savoir à l’époque !

Vous venez de remettre le prix Stanislas du premier roman à Sébastien Spitzner, mettre un premier roman sous la lumière c’est particulier ?

J’aime beaucoup les premiers romans, c’est la découverte absolue. Un prix comme celui là, c’est du bonheur pour l’auteur et ça peut aussi changer sa vie. Je n’ai pas eu de prix pour mon premier roman qui était un livre très dur mais je me souviens de mon premier article, dans le Figaro qui se concluait par « je vous signale la naissance d’un écrivain ». En me souvenant de ça, je comprends ce que cela peut faire
d’être remarqué.