© Philippe Matsas

Ancienne journaliste, essayiste et romancière, Elise Fischer nourrit pour sa région natale une passion sur laquelle elle a choisi de mettre des mots. A travers ses personnages – souvent des femmes – et leurs histoires, elle peint la Lorraine. Avec émotion et conviction, comme elle le prouve dans son dernier roman, Le Berceau des jours meilleurs.

Le visiteur de passage au Livre sur la Place pourrait s’étonner de la file d’attente devant le stand d’élise Fischer. Mais qui est cette petite dame énergique et souriante ? Chaque année, ils sont nombreux à se presser pour acheter son dernier livre et obtenir une dédicace. Au point de faire de cette romancière fidèle au salon nancéien la détentrice du record de vente lors de l’édition 2018 avec 668 exemplaires vendus. élise Fischer ne se sent jamais plus nancéienne que dans ces moments-là. En 2001, elle est d’ailleurs récompensée du prix de la Feuille d’or de la ville de Nancy pour son deuxième roman, L’inaccomplie.

Car si elle multiplie depuis les publications, Elise Fischer a mis longtemps avant d’enfiler le costume d’écrivain. Née à cinquante mètres des brasseries de Champigneulles, d’une mère alsacienne et d’un père lorrain ouvrier dans les aciéries de Pompey, elle trouve très vite le goût des mots et des livres. Dans son journal intime de petite fille, elle couche des phrases qui la racontent sans la dévoiler : « J’aimais rendre-compte des choses dont j’étais témoin plus que de mes ressentis, c’était peut-être une fibre journalistique qui pointait ! ». Elle entrera, dans les années soixante-dix, dans le journalisme un peu par hasard, après un passage dans le monde associatif. Alors qu’elle interviewe un jour l‘écrivain Roger Bichelberger dans son émission de radio, ce dernier lui lance, intrigué : « Je suis sûr que vous écrivez des romans. » En effet, la plume d’élise Fischer n’en était pas à son coup d’essai, même si la journaliste n’osait pas montrer ses écrits. Il lui faudra attendre la fin des années 90 pour publier son premier roman, après avoir d’abord signé deux essais portant sur les droits de l’enfant.

Passionnée d’histoire, Elise Fischer aime situer ses romans dans des périodes précises sur lesquelles elle se documente beaucoup. Passionnée par sa région, elle en fait le décor principal aux tonalités de fer, de sel, de bière, de faïence ou de cristal. « Je revendique ce côté régionaliste, même si je sais que cet aspect terroir est souvent mal vu des petits cercles parisiens. Après tout Mauriac a bien écrit sur le Bordelais », sourit-elle. Elise Fischer aime avant tout raconter comment les femmes ont conquis leur place depuis la guerre. Dans Le Berceau des jours meilleurs, elle évoque une période qui correspond à son enfance et sa jeunesse. Encore une histoire de parcours de femmes à travers deux générations issues de la classe populaire. La première, Odile, connaîtra la pénurie de logements et la difficulté d’élever seule ses enfants. Sa fille Isabelle, forte de ses convictions, aura à cœur de travailler de sa plume en tant que journaliste. Au fil des pages, on côtoie des figures nancéiennes comme Jean Prouvé ou l’Abbé Pierre. Deux idéalistes dans leur genre qui voulaient proposer des « jours meilleurs » et qui ont inspiré le titre d’un livre auquel la romancière pensait depuis de nombreuses années. Une nouvelle immersion dans une Lorraine qu’Elise Fischer, sans succomber à l’idéalisation, aime profondément.