© G. Berger

Avec une belle programmation estivale, le château de Lunéville affiche son ambition de devenir un point d’ancrage culturel en Lorraine. Fruit d’une profonde réflexion, menée depuis qu’il est propriété entière du conseil départemental 54, il retrouve son lustre d’antan et se tourne plus que jamais vers le futur.

Au-delà des pierres, un état d’esprit. C’est vrai que son architecture majestueuse, signée Germain Boffrand, que ses jardins à la française suffiraient presque à étancher la soif de beauté du visiteur du château de Lunéville. Mais en arrivant dans la cour ou en déambulant dans la chapelle restaurée, c’est toute l’histoire des lieux qui ressort. « Ce château a pu avoir l’air parfois endormi, explique Nicole Creusot, vice-présidente du conseil départemental, déléguée à l’enseignement supérieur et à la culture. Mais il ne faut pas oublier qu’il a eu une place à part dans l’Histoire. C’était tout de même la résidence d’un chef d’État en exercice. L’expression « Versailles lorrain » n’est pas exagérée car il y avait une vraie vie de cour, très riche à l’époque de Stanislas, mais aussi de Léopold. Aujourd’hui, entre Strasbourg et l’Île-de-France, il n’y a pas d’équivalent en termes d’histoire et de patrimoine ».

Invoquant les grands intellectuels de l’épo­que, de Voltaire à Emilie du Châtelet, qui fréquentèrent le château, les responsables du site travaillent depuis plusieurs années pour trouver une façon de faire vivre ces belles pierres avec une programmation culturelle imaginée en résonnance avec l’histoire des lieux.

Beaucoup de nouveautés sont a découvrir cet été au château de Lunéville. Dès le début du mois de juillet un spectacle équestre vient rappeler la tradition tout en montrant un visage résolument moderne avec des tableaux dansés et des projections d’images filmées. Là-encore, la volonté de questionner vient rappeler l’esprit des Lumières, âge d’or du château de Lunéville.

Pour mettre en valeur la façade du château côté jardin, un grand son et lumière évoquera le « rocher aux automates » de Stanislas. Le duc de Lorraine l’avait fait construire dans les jardins, comme un modèle réduit des scènes de vie de l’époque, vision utopique d’une société idéale animée par 88 automates. On venait de toute l’Europe pour voir cette attraction. Aujourd’hui elle retrouve vie grâce aux créations de l’artiste Damien Fontaine qui ensorcellera les murs de la terrasse, comme des réminiscences d’un passé jamais vraiment disparu.

Au XVIIIe siècle, le château de Lunéville était le centre d’une vie intellectuelle intense, mais aussi d’une vie scientifique. Pour rendre hommage à ce passé, l’exposition Experimentia ! évoquera le cabinet de physique expérimentale qu’abritait à l’époque le château et qui était considéré comme l’un des plus remarquables d’Europe. Pour Nicole Creusot, « il est important de pouvoir raconter une histoire. Cette histoire scientifique est indissociable des lieux. Quand on parle château, on pense jolis meubles et dorures, mais il faut voir bien au-delà. La mise en scène de la science participait à une politique de prestige. Nous voulons garder cet état d’esprit. » Les visiteurs sont ainsi invités à découvrir un ensemble d’installations numériques, interactives ou immersives, réalisées par des artistes d’aujourd’hui et du monde entier.

À travers cette programmation qui s’étend sur toute l’année, le Conseil départemental affirme son ambition : « C’est une politique entamée en 2017, quand le Département est devenu propriétaire de l’intégralité du château, poursuit Nicole Creusot. Le château est entré dans une nouvelle ère. Nous avons passé la vitesse supérieure en réunissant tous les acteurs politiques locaux et même en sollicitant le grand public en ligne. Toutes les idées sont bonnes à prendre et l’ambition est forte pour faire du château de Lunéville un moteur culturel, touristique et économique de la Lorraine ».

Les temps fort de l’été

JUSQU’AU BOUT DU MONDE

Spectacle équestre

En résidence de création au château de Lunéville depuis début juin, la Cie éclats de Rock propose un spectacle équestre en quatre actes des entrailles du château jusqu’à sa terrasse, côté jardin. Pour l’occasion, Thomas Chaussebourg, danseur et metteur en scène, invite le musicien Rodolphe Burger, la danseuse Alex Naudet de la Cie Decouflé, le vidéaste Laurent Mathieu et trois de ses plus beaux chevaux pour un spectacle inédit.

Les 6 et 7 juillet à 22 h De 8 à 15 €

EXPERIENTIA !


Arts numériques, sciences et techniques


Au XVIIIe siècle, le château abritait un cabinet de physique expérimentale considéré comme l’un des plus remarquables d’Europe. Ce cabinet, dû à « l’Archimède lorrain », Philippe Vayringe, contenait une importante collection d’instruments destinés à démontrer et diffuser les grands principes physiques du siècle et la pensée newtonienne.
Trois cents ans plus tard, l’exposition Experientia ! propose de renouer avec l’esprit de l’époque en formant une sorte de cabinet de physique expérimentale du XXIe siècle.

Jusqu’au 21 octobre 
Exposition temporaire : 3 et 4 €

LE RÉVEIL DU ROCHER AUX AUTOMATES

Son & Lumière

Le traditionnel théâtre d’eau du château de Lunéville cède la place cette année à un événement en son et en lumières qui fait revivre le fameux Rocher aux automates. Cette installation de plusieurs dizaines d’automates faisait l’admiration de tous il y a plusieurs centaines d’années. Cet été, la façade du château, côté jardin, s’animera tous les soirs d’un spectacle flamboyant

à partir du 14 juillet, à 22 h 30
En août à 22 h
En septembre jusqu’au 21, seulement
les vendredis et samedis, à 21 h 30.
Entrée libre.
Pas de spectacle les mardis soirs.

Deux soirées exceptionnelles, les 30 et 31 août à 22h, avec plus de 100 figurants en costumes et des chevaux de lumière en interaction avec le spectacle – Entrée libre.

http://www.chateauluneville.meurthe-et-moselle.fr/

Trois questions à…

Damien Fontaine, créateur du son & lumières Les Métamorphoses du Château, le réveil du rocher aux automates

« Le château est le lieu idéal pour raconter l’histoire de la Lorraine »

Le compositeur et metteur en scène lorrain signe le nouveau spectacle qui fera
renaître cet été le mythique rocher aux automates imaginé par Stanislas, une Folie
qui faisait la réputation de sa cour au-delà des frontières européennes.

C’est la première fois que vous créez un son et lumières à Lunéville, comment avez-vous imaginé ce spectacle ?

J’ai eu carte blanche pour réfléchir à un nouveau concept de mise en valeur du château. C’est un lieu chargé d’histoire, marqué par le passage de plusieurs propriétaires prestigieux comme le duc Léopold ou Stanislas. J’avais entendu parler de ses Folies et du célèbre Rocher aux automates. C’est difficile de se rendre compte visuellement de ce que c’était, car il ne reste qu’une gravure, mais les nombreuses descriptions montrent que c’était un spectacle exceptionnel, très ingénieux dans sa conception, qui animait 88 automates dans un décor idéal. Je n’ai pas voulu me contenter de le reproduire en projection, au contraire, j’en ai fait le point d’orgue du spectacle.

Stanislas est un peu la star de chaque représentation, pourquoi ?

C’est un personnage extrêmement romanesque et on a tendance à ne garder que l’image du bon roi un peu fantoche et gourmand. J’ai beaucoup lu sur lui et j’ai découvert un homme haut en couleurs avec une destinée incroyable. C’était un amoureux des arts, un humaniste, qui a eu une vie mouvementée avant d’arriver en Lorraine. Bien avant de savoir qu’il allait installer une cour à Lunéville, Stanislas, en fuite, s’est arrêté à la Taverne de la Croix de Lorraine. J’ai imaginé qu’il y rencontrait Emmanuel Héré – alors enfant et dont le père travaillait au château de Léopold – comme point de départ de l’histoire. J’ai beaucoup romancé tout en respectant à la lettre les vérités historiques.

Deux soirées à très grand spectacle sont prévues fin août, pouvez-vous nous en dévoiler un peu plus ?

Le mapping est projeté côté jardin. C’est le cadre idéal pour un spectacle total les deux dernières soirées d’août. Pendant 45 minutes, l’espace scénique sera investi par 150 figurants en costumes, des cascadeurs, des chevaux, des danseurs… Une façon d’élargir le regard et de renforcer la magnificence du lieu.