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Le personnage du clown est au centre d’une semaine spéciale à la MJC Lillebonne de Nancy. Des stages, des spectacles, la Flex Week veut dépoussiérer l’image de l’amuseur au nez rouge. Rencontre avec son organisateur, le clown Champion.

C’est en parcourant de nombreux festivals en France, que Francis Albiero – ancien comédien et clown depuis 20 ans – a fini par trouver le point commun des augustes et autres personnages aux grandes chaussures : « Pour moi, le clown, c’est avant-tout l’art du lien. Il ne s’agit pas d’un personnage sur scène, face à un public, mais d’un vrai partage. Le clown c’est un peu notre miroir sauf qu’il parle sans filtre et bouscule les convenances ». À la tête de la Compagnie Flex, il fait vivre à Nancy la culture clown et, depuis 10 ans, organise un festival dédié à cet art à part entière en invitant des compagnies amies.

À travers le personnage de Champion, un peu crasseux, un peu gauche mais attachant, Francis Albiero se bat pour faire reconnaître le clown comme une discipline artistique : « Le regard commence vraiment à changer. Même si le clown reste attaché à l’innocence de l’enfance et à la culture populaire, on comprend aujourd’hui que derrière un masque de clown, on peut faire passer beaucoup d’émotions et même d’opinions. Le nez du clown, c’est la plus grande liberté de l’acteur. »

En matière de clownologie, deux écoles se dessinent nettement : une basée sur l’amour, la poésie et la bienveillance, une autre beaucoup plus trash. « Même si j’appartiens à la première, explique Francis Albiero, je trouve que la seconde est très intéressante artistiquement. Nous avons dans la Flex Week cette année la présence de Typhus Bronx, une des stars des clowns en France aujourd’hui. Il est aussi piquant que sensible. Il est pertinent, dérange parfois mais on sent qu’il aime profondément les gens. » Dans un autre registre, un éducateur spécialisé, Benoît Boulay, alias le clown Michel Machin, propose sous la forme d’une conférence (La drogue (oui !) – (Mais) à quel prix ?) dans laquelle il détaille la toxiclownmanie, un univers qui fait peur. « Il faut savoir que Benoît travaille au quotidien sur le sujet, raconte Francis Albiero. De ce travail sérieux, il a fait naître un spectacle décalé. C’est tout l’intérêt et la force du clown : parler de sujets graves d’une autre façon. C’est exactement ce que faisait Charlie Chaplin avec le personnage de Charlot. »

Les femmes ne sont pas en reste chez les clowns. Une soirée leur est consacrée avec la présence d’Hélène Gehin qui raconte l’histoire d’une comédienne qui ambitionne de revisiter en mode opéra trois tragédies grecques de Sophocle, rien que ça. Un vision parfois grinçante de la société dans laquelle il faut tout justifier, tout expliquer pour tout vendre.

En invitant des clowns de toute la France, Francis Albiero continue à jouer avec les clichés, à bousculer les idées trop sérieuses. Comme il le fera dans son prochain spectacle Ceci est un spectacle, allusion à la toile de Magritte. À la fois didactique et drôle, il s’attaque au sujet de l’art contemporain pour « enfin avoir le droit de le critiquer, ce qui n’est autorisé finalement qu’aux clowns ». Francis Albiero aimerait pouvoir jouer ce spectacle en situation dans des musées sous la forme de visites. Pour remettre un peu d’ironie dans l’art et dans le monde qui nous entoure.

INFOS PRATIQUES :

Du 13 au 18 janvier à la MJC Lillebonne

Entrée libre
mais vous avez le droit de payer à la sortie !
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