© Eric Didym
2018 commence fort à la Manufacture, avec la principale création de la saison : Les Eaux et Forêts de Marguerite Duras. Une surprenante pièce comique, que Michel Didym, directeur du théâtre, s’est fait plaisir à mettre en scène entre humour, non-sens, et délire. Tout ce qu’il aime.

Marguerite Duras à l’affiche de la Manufacture, dans une comédie en plus… Qu’est-ce qui vous a poussé à cette nouvelle création ?

Michel Didym  Depuis plusieurs années j’ai à cœur de permettre au public d’accéder aux grandes œuvres du répertoire classique et je la classe dans la même famille que Beckett, Ionesco et Tchekhov. Il y a 20 ans, sur les planches il y avait 90 % de pièces classiques et 10 % de pièces contemporaines, aujourd’hui la rapport s’est inversé et il faut veiller à ne pas oublier ce précieux patrimoine. C’est en partie pour ça que Duras s’est imposée cette année mais aussi parce-que j’avais envie de mettre en avant une grande figure féminine ce qu’elle est assurément ! Dans cette pièce, en plus, elle raconte une histoire de femmes fortes, ambigües, qui prennent leur destin en main, contre un mec et pour un chien !

 

« Être là où on ne l’attend pas ”

Ce n’est pas vraiment le registre « classique » de Duras ?

On a tendance à ne retenir par facilité qu’une facette de Marguerite Duras, celle de la romancière intello. En fait, elle aime être là où on ne l’attend pas. Elle a écrit une quinzaine de pièces dont deux comédies. Elle souffre du même « syndrome » que Corneille dont on ne retient que les tragédies ! Elle a monté trois fois les Eaux et Forêts, dans trois mises en scène différentes, et on y découvre son humour cinglant dans une langue très élaborée. Ce n’est pas du comique bas de gamme, la pièce est très moderne et d’une qualité littéraire incroyable, gaie, délirante, jubilatoire…

C’est une œuvre que vous aviez envie d’adapter depuis longtemps ?

En vérité, j’ai découvert son existence en lisant les Mémoires de Marguerite. Je l’ai lue et je l’ai trouvée géniale. Je caresse le projet de création de cette pièce depuis longtemps, cinq bonnes années. Je l’avais prévue avant le Malade imaginaire qui a fonctionné bien plus que prévu ! Aujourd’hui c’est le moment et je suis particulièrement impatient.

Parlez-nous un peu de l’intrigue…

Sur un trottoir, un homme se fait mordre par le petit chien d’une femme. L’homme, très énervé, s’en prend à la propriétaire du roquet qui trouve le monsieur très vulgaire. Une autre femme s’en mêle et c’est l’altercation ! S’ensuit une discussion plutôt animée, entrecoupée par les aboiements de Zigou, où l’absurdité l’emporte. Le fait anodin de la vie quotidienne se transforme en « catastrophe nationale ». Les trois énergumènes imaginent le tout Paris contaminé par la rage et la ville anéantie. Puis on dévie sur leur vie conjugale, leur intimité et leurs secrets. C’est un grand texte, comparé parfois à En attendant Godot de Beckett, où l’on retrouve au delà du comique tout l’univers de Duras.

Dans la distribution, il y au donc un chien ?

Oui, le personnage du chien est très important !… Duras a écrit 14 répliques pour Zigou, il a donc fallu dresser un chien pour l’occasion. C’est la première fois que je bosse avec un chien. C’est plus facile avec les comédiens, d’autant que ceux qui partagent l’affiche de cette création sont exceptionnels. Catherine Matisse, Charlie Nelson et l’extraordinaire Anne Benoît apportent beaucoup au texte. Mon travail de metteur en scène est de trouver le bon interprète pour le bon personnage et là ça fonctionne !

INFOS PRATIQUES :

Au Centre Dramatique National Nancy – Lorraine, La Manufacture

Du lundi 15 au samedi 20 Janvier

À partir de 15 ans

Tél : 03 83 37 12 99

http://www.theatre-manufacture.fr