Le directeur du Théâtre de la Manufacture met en scène, pour la première fois à Nancy, un opéra. Avec 7 minuti, la question sociale fait son entrée en scène pour cette création mondiale librement inspirée de faits réels.

Leur combat avait marqué l’actualité en 2012. Une poignée de couturières d’une usine de lingerie de Haute-Loire étaient entrées en résistance pour sauver leurs emplois après l’annonce de la fermeture du site. C’est sous la forme d’une pièce de théâtre signée Stefano Massini que Michel Didym redécouvre ce fait-divers lors de La Mousson d’été qu’il organise chaque année pour faire découvrir les auteurs contemporains. C’est à lui que revient aujourd’hui le plaisir de le mettre en scène pour l’opéra, en collaboration avec le compositeur italien Giorgio Battistelli.

À l’arrivée, le projet est présenté comme celui du premier « opéra syndical ». Michel Didym aime jouer sur ce paradoxe et assume avec malice sa mise en scène dans un décor de salle de réunion d’une usine : « Nous voulons dire à nos concitoyens que le monde de l’art n’est en aucun cas coupé du monde réel. Que le monde du travail est un sujet majeur et qu’il est grand temps que l’opéra s’en empare pour apporter une part de beauté et de distance à ces questions. Cette œuvre pose la question de la dignité des salariés et des limites à accepter pour garder son job. C’est une histoire exemplaire sur la violence sociale et sur la gloutonnerie de ceux qui font de l’argent à tout prix. C’est notre rôle d’artistes d’en parler ».

Cette thématique sociale a séduit le directeur de La Manufacture qui aime aller là où on ne l’attend pas forcément. Après Mozart ou Verdi, Michel Didym s’attaque à sa cinquième mise en scène d’opéra. La première à Nancy. « C’est une création complète. Tout était à inventer sans références visuelles ou gestuelles. C’est un projet innovant à tout point de vue », se réjouit-il.

Sur scène, onze chanteuses pour incarner les ouvrières dans leur combat. Le contraste entre le velours rouge de l’opéra de Nancy et le décor en Formica annonce la couleur sur une musique contemporaine interprétée par l’Orchestre symphonique et lyrique de Nancy et le chœur de l’Opéra national de Lorraine. « J’ai tenu à travailler aussi avec soin sur le sur-titrage, car on ne vient pas voir cette œuvre pour écouter des airs connus mais pour une découverte absolue. Il est important que les spectateurs puissent saisir tout ce qui s’y passe », précise Michel Didym. Mettre en scène des chanteuses lyriques est un exercice que cet homme de théâtre apprécie particulièrement : « C’est très différent : les comédiens ont souvent en eux l’intensité de leur personnage et il faut les aider à trouver un forme de projection. Les chanteurs, eux, maîtrisent cette projection mais il faut les aider à intérioriser leur personnage pour lui donner vie. »

En résonance particulière avec l’actualité sociale du moment, 7 minuti s’annonce comme un des moments forts de la programmation de la saison 2018-2019, qui marque le Centenaire de l’Opéra de Nancy.

INFOS PRATIQUES /

Les 1er, 5, 7 et 8 février à 20 h
le 3 février à 15 h

Tarifs : de 5 à 75 €

http://www.opera-national-lorraine.fr