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(AFP) – Comment résister au plongeon inédit des ventes de voitures sur le crucial marché chinois? Les constructeurs cherchent la parade, entre élargissement de leur gamme, efforts redoublés sur l’électrique et centres de recherche relocalisés en Chine.

Réunis cette semaine au salon de Shanghai, les groupes internationaux exposent leur stratégie pour résister à la concurrence des marques locales.

Elargir sa gamme, muscler l’électrique
En Chine, la suprématie des marques étrangères est contestée par des marques 100% chinoises, qui dominent le secteur clé des 4×4 urbains (SUV) comme celui, en plein boom, de l’électrique.

Face à des groupes chinois qui maintiennent une croissance très élevée « grâce à des produits plus adaptés » et des coûts sabrés, « les constructeurs internationaux ont commencé à réagir », observe Xavier Mosquet, expert du cabinet BCG.

L’américain Ford, après avoir vu ses ventes s’effondrer de 37% l’an dernier, se prépare à lancer en Chine pas moins de 30 modèles en trois ans et a dévoilé mardi trois nouveaux SUV. Son rival General Motors prévoit une vingtaine de modèles dès cette année.

Et tous accélèrent sur l’électrique, poussés par l’explosion des ventes sur fond de subventions étatiques mais également par de sévères quotas de production de « véhicules propres » imposés par Pékin.

Renault, nouveau venu en Chine, a dévoilé à Shanghai un SUV tout électrique, le K-ZE, un modèle « qui n’existe pas encore » localement, argue François Provost, directeur du groupe français dans le pays.

Tout en reconnaissant que, sur le SUV en général, l’équation reste compliquée: « Face au Kadjar, on a plus de 100 véhicules concurrents ». Parallèlement, Renault mise sur les utilitaires, grâce à une coentreprise spécifique.

L’idée est de ne négliger aucune catégorie.

« Environ un tiers des acheteurs chinois cherchent un véhicule d’entrée de gamme, dont beaucoup de premiers acheteurs. Difficile de l’ignorer, même si les marques locales verrouillent ce segment », insiste Stephan Wöllenstein, directeur-général de Volkswagen China.

Sur ce créneau, l’allemand vient d’introduire sa marque « budget » Jetta en Chine, avec deux premiers SUV lancés cette année.

Concevoir des véhicules en Chine
Des véhicules produits en Chine, mais également conçus sur place pour le marché local: un renversement que beaucoup amorcent –dans l’objectif affiché de mieux répondre aux attentes, mais aussi pour profiter de technologies avancées (moteur électrique, voiture autonome) pour lesquelles la Chine fait figure de « laboratoire ».

Renault a annoncé lundi l’ouverture d’un centre de design à Shanghai. Une semaine auparavant, Ford annonçait vouloir « renforcer » sa recherche et développement en Chine, via notamment un « centre d’innovation ».

« Le marché chinois devient tel qu’il faut accroître la localisation », confiait mardi Makoto Uchida, vice-président de Nissan Motor.

BMW assure avoir embauché 1.400 ingénieurs chinois sur trois sites, dont l’un consacré aux voitures autonomes, tandis que Volkswagen compte déjà 4.000 ingénieurs dans ses centres de recherche chinois.

Ajuster sa production
Plusieurs constructeurs ont ralenti leur rythme de production, quitte à aggraver leurs surcapacités –le mal endémique de l’automobile chinoise.

Ainsi, les capacités de production de Renault dans le pays (quelque 400.000 véhicules) ne correspondent qu’à la moitié de ses ventes. « Certes, mais notre ambition pour 2022 c’est 550.000 » véhicules écoulés, tempère M. Provost.

Avec des capacités utilisées en moyenne à 70% l’an dernier, « il y a une surcapacité structurelle en Chine, puisque la croissance anticipée (était) très forte », observe Laurent Petizon, analyste chez AlixPartners.

Renégocier les accords de coentreprise
La Chine va lever d’ici 2022 les restrictions obligeant les constructeurs étrangers à s’associer à un groupe chinois via des coentreprises où ils ne peuvent être majoritaires.

BMW a déjà conclu un accord avec son allié Brilliance pour prendre la majorité (75%) de leur filiale commune. « On est assez optimiste sur le marché, on pense que c’est intéressant pour nous d’avoir des investissements plus importants ici et une part accrue des profits », justifie Nicolas Peter, directeur financier du groupe.

D’autres, plombés par la « crise » chinoise, entendent renégocier leurs alliances –à l’image du français PSA qui estime que sa coentreprise avec Dongfeng « ne fonctionne pas » et ralentit les prises de décisions.

Pour autant, beaucoup se montrent prudents: Renault, Volkswagen ou Daimler se défendent de vouloir bousculer le statu-quo. Le « cadre légal » change, « mais il faut voir si c’est utile économiquement », insiste M. Wöllenstein.

source AFP-Relaxnews