Avec l'artiste nancéienne Laura Cahen
© Arno Paul
Le photographe nancéien Arno Paul, réputé pour son travail autour de la scène musicale pop-rock, expose place Thiers une galerie de 41 portrait d’artistes. Tous immortalisés en marge de leur passage sur la scène de l’Autre Canal.

Longtemps Arno Paul s’est trouvé dans cet espace un peu irréel entre la scène et les spectateurs. Très euphorique mais un peu coincé. Longtemps, il a pris des photos de concerts dans la salle de l’Autre Canal, par goût de la programmation. C’est comme ça, d’ailleurs, qu’il s’est fait remarquer. En photographiant des groupes et des artistes qu’il aime, un peu anonyme dans le contre-jour des projecteurs. « L’artiste ne me voyait pas et la plupart du temps, j’avais l’impression de gêner le public, de tenir la chandelle. Puis les conditions se sont durcies, les productions nous ont interdit de rester plus de trois chansons, se sont mises à vérifier tous nos clichés. J’ai eu envie de changer. »

L’envie va pencher du côté de la rencontre, de l’approfondissement. Toujours soutenu par l’équipe de l’Autre Canal, il va se mettre à approcher les artistes en tête à tête, passer du temps pour des portraits plus posés. La plupart des réactions sont positives. « J’essaie de leur proposer une bulle d’air entre les répétitions et le concert, même si le tout est toujours minuté. » Le basculement entre la photo de concert et le portrait s’accompagnera d’un changement de technique avec un passage du numérique à l’argentique. « J’étais très inquiet, c’était un vrai challenge pour moi, car je suis un maniaque du contrôle. J’ai du me former à l’argentique, encore une fois tout seul. » Ses premiers déclics seront les bons, avec Tété ou Lilly Wood and The Prick.

Le portrait comme une bulle d’air

Très vite il s’étonne de voir à quel point le fait de travailler en argentique avec des vieux appareils crée d’emblée un lien avec les artistes : « Je ne crois pas me tromper en disant qu’un artiste sur deux est passionné de photos. Ils adorent le vieux matériel, comme ils aiment souvent les vieilles guitares ! » Les quelques minutes de tête-à-tête se transforment souvent en belle expérience. Et le timide photographe se surprend à prendre des risques, comme cette tentative de « trichromie » avec Stromae : « C’est une technique qui date d’un siècle. On prend trois photos avec un filtre de couleur différente à chaque fois. Certains la confondent avec de la 3D retouchée, ou même de la photo ratée ! Mais beaucoup d’artistes adorent. J’ai ainsi pu « décrocher » un rendez-vous avec Jain, qui avait d’abord refusé toute interview et toute photo. J’ai insisté, elle a vu mon travail avec Stromae et elle a accepté ! »

L’ambiance post-industrielle, les flaques d’eau, les terrains vagues autour de l’Autre Canal sont devenus son terrain de jeu, comme si Arno Paul voulait faire prendre l’air à ses artistes en respirant lui aussi un grand coup après des années sous les enceintes. Son travail autour de la musique l’a fait connaître d’autres lieux de culture à Nancy. Il travaille régulièrement avec le Ballet de Lorraine, où il apprécie le mouvement, la vitesse, à l’opposé de son travail de portraitiste. Arno Paul a également photographié une partie des collections du Muséum aquarium, projet qu’il compare un « voyage nostalgique », comme son autre série sur ces caravanes, symboles de liberté et d’évasion, immortalisées dans leur état d’abandon, envahies par les herbes.

Sur la place Thiers, Arno Paul a fait une sélection très précise de son travail qui se mélange avec l’histoire de l’Autre Canal. Une décennie de musique capturée à voir en toute liberté jusqu’au 24 novembre.

INFOS PRATIQUES

Exposition « Fragment d’éternité »

Jusqu’au 24 novembre place Thiers, http://www.arnopaul.net