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Longtemps rangée au rayon curiosité amusante, la méthode Coué revient sur le devant de la scène depuis plusieurs années. Dans les domaines du management, de la santé ou du sport, le travail posé il y presqu’un siècle par le nancéien Émile Coué fait aujourd’hui autorité, au point de faire l’objet d’un deuxième congrès international à Nancy.

 Un petit matin de février dernier, dans une des allées du parc Sainte-Marie à Nancy. La statue à laquelle peu de passants prêtent attention est ce jour-là dans l’objectif des photographes. Le maire de Nancy et son prédécesseur sont venus rendre hommage, avec un dépôt de gerbe officiel, à celui qu’on a longtemps surnommé le « marchand de bonheur de Nancy ». Émile Coué, élevé au rang d’ambassadeur de la ville, au même titre que Majorelle ou Prouvé : la scène n’était pas imaginable il y a seulement une dizaine d’années. Car la méthode Coué est longtemps restée une simple expression, synonyme de « faire l’autruche », comme un façon légère de fuir les problèmes. De l’expression populaire aux bancs de la très sérieuse faculté de pharmacie de Nancy – lieu du deuxième congrès international qui lui est consacré  la méthode Coué aura mis du temps avant de reconquérir ses lettres de noblesses. « Comme tous les hommes en avance sur leur temps, Émile Coué a été moqué et ça continue encore aujourd’hui, explique Luc Teyssier d’Orfeuil, organisateur du congrès. Le pire, c’est que triste destin n’est vrai quasiment qu’en France, dans son propre pays. Ailleurs, il a sa place dans la littérature scientifique, comme en Angleterre, en Allemagne ou en Suisse. Aux États-Unis, par exemple, il fut un des seuls, avec Clemenceau et De Gaulle, à être accueilli officiellement par le président américain à sa descente du transatlantique ! »

Le pape du coaching moderne

Formateur et coach spécialisé notamment pour les comédiens professionnels, Luc Teyssier d’Orfeuil a pris son bâton de pèlerin il y a déjà longtemps pour défendre la méthode Coué : « J’ai longtemps fait appel à des techniques qui mettaient en avant la volonté ou l’imagination et sans le savoir, comme beaucoup, j’appliquais les préceptes d’Émile Coué. J’ai alors relu son livre, très court d’ailleurs, et j’ai été étonné par la modernité se son propos et par la personnalité de l’homme ».

La méthode Coué est une méthode de développement personnel qui invite chacun à devenir positif et à se projeter vers la réussite par pratique de l’autosuggestion consciente. Elle aide à renforcer la confiance en soi, à développer sa mémoire, à améliorer son sommeil, à réussir ses examens. Autrement dit, une façon de considérer que l’imagination plus que la volonté détermine les actes, Voilà pour la théorie. Dans la pratique, cette façon de positiver se résume plutôt bien dans la célèbre phrase édictée par Coué : « Tous les jours et à tous points de vue, je vais de mieux en mieux. » Une phrase qu’Émile Coué engageait ses patients à répéter 20 fois de suite, trois fois par jours. On reconnaît là d’ailleurs le pharmacien qu’il était à l’origine. Cette posologie du bonheur a été depuis vérifiée par les dernières techniques d’imagerie médicale et les neurosciences.

L’objectif clairement affiché du deuxième congrès international de la méthode Coué, après la réussite de l’édition de 2011, est de mieux faire connaître la méthode dans ses applications contemporaines et une nouvelle fois tenter d’améliorer son image auprès du grand public. Pour ça, des dizaines d’invités vont se succéder dans l’amphithéâtre de la faculté de Pharmacie et dans les salons de l’Hôtel de Ville, reflétant des domaines aussi divers que la santé, le coaching personnel, le sport et le monde de l’entreprise. « Tous les domaines sont concernés par la méthode Coué, à partir du moment où on considère que c’est la personne elle même qui en est au centre. Une personne qui pense être à la hauteur d’une tâche sera forcément meilleure qu’une personne qui pense être nulle. C’est vrai en sport, au travail et dans de nombreuses situations de la vie quotidienne » résume Luc Teyssier d’Orfeuil. Le docteur Dominique Notter, qui animera les débats du congrès, reconnaît bien volontiers avoir attendu d’être à trois ans de sa retraite d’enseignant à la faculté, pour redécouvrir le bien-fondé de cette méthode qu’il considérait au mieux à l’époque comme surannée. Le congrès sera l’occasion d’un partage d’expériences  certaines très symboliques de la modernité de la méthode Coué  comme cette étude menée par des chercheurs lorrains : l’envois de SMS positifs à un groupe d’étudiant qui se sont révélés efficaces pour réduire leur anxiété à l’approche des examens… Avec ce deuxième congrès, les partisans d’Émile Coué espèrent finir de convaincre d’inscrire sa méthode au patrimoine immatériel de l’UNESCO et de faire  enfin  entrer son auteur dans le Larousse. Car aussi étonnant que cela puisse paraître, Émile Coué n’y figure toujours pas !

 INFOS PRATIQUES

2e congrès international de la méthode Coué et de ses applications contemporaines

Les 9, 10 et 11 novembre à Nancy

Programme complet et tarifs sur http://www.congresmethodecoue.com

Qui était  Émile Coué ?

Émile Coué de la Châtaigneraie est né à Troyes en 1857. Pharmacien, il constate les bienfaits de la suggestion, en vendant des médicaments avec des bonnes paroles qui décuplaient l’effet de ses potions.Il ne se limite pas à un travail d’apothicaire et développe progressivement sa méthode. Quittant sa pharmacie de Troyes il va s’installer à Nancy où il suit les travaux du Dr Liébault et de l’un de ses confrères le Dr Bernheim. « L’école de Nancy »
devient la référence en matière de suggestion et autosuggestion. Emile Coué y développe alors sa propre méthode d’autosuggestion consciente.Aux Etats-Unis, en Allemagne, en Russie, la méthode Coué et le principe d’autosuggestion se développent, influencent et participent naissance à de nouvelles approches ou techniques comme la pensée positive, la visualisation, la sophrologie, l’analyse transactionnelle, la programmation neurolinguistique…